Me contenter de vous présenter mon « CV » serait oublier l’essentiel, l’être clé dans mon cheminement « équin ». En effet, ma pratique de l’équitation, mes études tournées vers la biologie et mes expériences professionnelles associées n’auraient certainement pas débouché à elles seules sur ma philosophie actuelle ni sur la création de cette association.

Il a fallu, une rencontre, avec un cheval, Chaissac, Pur-sang anglais de 7 ans à l’époque, que l’on m’avait confié pour une remise au travail. Malgré mon envie de connaître le cheval, j’étais à ce moment encore bien naïve, et trop attachée à la technique équestre. Et pourtant, dès la première approche, Chaissac m’a tout de suite fait comprendre que je devais oublier beaucoup de mes acquis et m’en remettre à lui, ses émotions, son hyper-sensibilité, ses peurs, chercher à tout décortiquer pour comprendre le pourquoi du comment et l’aborder sans le brusquer, sans chercher à m’imposer, mais à lui laisser sa place dans notre duo.

L’approche comportementale de l’équitation est un état d’esprit, un chemin que l’on  découvre petit à petit quand on cherche davantage a développer une relation de confiance avec son cheval plutôt que de chercher à le maîtriser…

Chaissac, s’est montré au début très méfiant envers moi et pourtant très respectueux. Jamais un signe d’agressivité ni même d’envahissement, plutôt une soumission distante. il se réfugiait au fond de son parc quand il me voyait arriver. Il semblait me dire « j’aimerais bien venir te voir mais j’ai peur ». Pourtant je le savais bien traité là où il était, ce comportement en était d’autant plus déroutant. J’ai du user de patience pour réussir à l’approcher sans lire dans ses yeux l’appréhension. La patience a porté ses fruits et m’a donné ma première leçon: prendre le temps et ça prendra moins de temps. Peu à peu Chaissac m’a accordé sa confiance, confiance sans faille, son attention se concentrait spontanément sur moi dès que j’arrivais, il me suivait librement dans mes moindres déplacements et quand il était attaché, il ne me quittait pas des yeux. J’ai alors gentiment commencé le travail à pied, un pur régal avec un cheval si connecté spontanément, tout était simple alors que je débutais dans le domaine, son envie d’être avec moi devait gommer toutes les erreurs que j’ai du commettre.

Il est important de s’initier et de se perfectionner en technique équestre. Mais savoir placer exactement ses jambes au bon endroit pour demander un déplacement latéral, savoir tenir ses mains à la bonne hauteur sont inutiles si par ailleurs on ne cherche pas à comprendre le fonctionnement mental, émotionnel et physique du cheval. Cela demande du temps, le chemin est houleux, on se voit revendre sa monture, mais une fois la frustration et la déception passées, on se remet en question, on cherche à comprendre et on avance, d’un pas, puis d’un second, on apprend à en demander moins, à se contenter de peu, à se réjouir du plus petit effort, à éliminer un par un tous les artifices équestres pour revenir à l’essentiel: le CHEVAL.

Mais, Chaissac n’ a jamais supporté d’être contraint, il est encore aujourd’hui considéré par beaucoup de ceux qui le connaissent comme un cheval caractériel, difficile, « fou ». Bien que très proche de l’homme, l’ange à pied se transforme au yeux des autres en démon une fois monté. je l’ai cru moi aussi longtemps, ne comprenant pas tout à fait ses réactions. Et puis petit à petit, j’ai compris certaines choses, pris conscience de mes erreurs et ai trouvé des réponses aux problèmes rencontrés. Parce que malgré tous les moments difficiles, ce cheval me « passionne » par ce tempérament si pur et si instinctif, capable de tout donner quand sa nature est respectée, ses émotions entendues mais prompt à tout reprendre à la moindre contrainte, à la moindre négligence; sans jamais démontrer de vice pour autant, juste des réactions vitales d’un cheval se sentant en danger…Il m’a tant appris et m’apprend encore tellement: Gérer mes émotions, prendre conscience et admettre que la responsabilité d’une mauvaise séance me revient à 99,9%,  savoir l’attendre, et vivre  dans l’instant.